Pride week: Entrevue avec Sandra, asexuelle

La Pride de Montréal a débuté le 8 Août et se poursuit jusqu’au 18. Pour souligner l’événement cette année, j’ai décidé d’en parler sur le blog.

Je vous offre cette semaine une mini série d’articles sur la communauté LGBTQ sous forme d’entrevues avec des gens issus de cette communauté.

Demisexuels, pansexuels, asexuels, queers, bisexuels, cisgenres, non-binaires.. Vous avez de la difficulté à démêler tous ces termes? C’est justement pour démystifier le tout que j’ai fait ces articles.

Parce que la communauté LGBTQ ne compte plus seulement les gens gais et lesbiennes de nos jours.

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Entrevue avec Sandra Muñoz

De quelle identité sexuelle es-tu? (Queer, BiSexuelle, Demi-Sexuelle, etc……)

Il existe des nuances entre identité de genre (comment on s’identifie en tant que personne) et l’identité sexuelle (qui définit nos relations sexuelles et souvent nos relations amoureuses) alors je vais essayer de résumer et rendre cela simple:
 
Je suis une femme cisgenre* (identité de genre) qui se retrouve dans le spectre de l’asexualité* (identité sexuelle), toutefois je suis capable de développer des intérêts platoniques et romantiques (identité amoureuse) envers des hommes (cis ou non) ce qui fait de moi une femme asexuelle et romantique.
 
Pour faciliter les échanges lors des rencontres et être fidèle à mon historique de relations passées, je m’identifie donc comme demisexuelle*, ce qui veut pour moi dire que la possibilité de créer des liens sexuels est là, c’est déjà arrivé de ressentir du désir pour mes copains ou partenaires sexuels mais je peux compter ces occasions sur les doigts d’une main.
 
C’est une longue explication, mais la nuances sont primordiales pour bien s’exprimer et comprendre la différence
 

Qu’est-ce qui définit être dans le spectre de l’asexualité?

En tant que personne asexuelle, je n’expérimente pas d’attirance sexuelle envers d’autres personnes, leurs organes sexuels ni des parties de leurs corps.
 
Toutefois j’ai des besoins sexuels que je satisfait souvent seule ou avec partenaire, et j’ai une libido changeante comme beaucoup de personnes.
 
L’asexualité veut simplement dire qu’il n’y a pas d’intérêt d’avoir des relations sexuelles ni contacts intimes. Mais pour moi, ça peut changer une fois qu’une bonne amitié et une confiance s’est établi. Toutefois le désir n’est presque jamais présent. Le besoin de romantisme, de faire plaisir à l’autre et des câlins survient des fois. 
 
Un lien romantique et platonique ainsi que de l’attachement se développe souvent envers des amis de longue date ou des personnes avec une esthétique (style particulier) et personnalité qui me plaisent, mais seulement une fois qu’une confiance et qu’une amitié s’est installée! 
 
Il ne faut pas oublier que l’asexualité est un spectre complexe où il y a des personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’intimité ou qui sont repoussés par l’acte sexuel, ou qui n’ont pas de besoin sexuels du tout.
 
Chaque personne est différente et la zone grise qu’est le spectre de l’asexualité permet énormément de variantes. Je crois qu’il est vraiment super important de bien répéter ce point et de s’en rappeler.
 

Quand as-tu su que tu étais dans le spectre?

C’est avec du recul et en parlant de « désir sexuel » avec des gens autour de moi que j’ai compris ma différence. Mon absence de désir est devenu évident lorsqu’on se libère des tabous qui entourent la sexualité. On arrive souvent à se connaitre mieux et on parvient à remarquer nos particularités! 
 
Chaque personne vit sa sexualité différemment il est important d’être conscient que nos besoins et désirs sexuels changent au cours de notre vie.  Il se développe selon notre bagage et expériences émotives. Ce n’est pas un point fixe où une expérience linéaire.
 
J’ai aussi essayé des sites de rencontres, eu des one-night, embrassé beaucoup d’inconnus dans des bars et eu des belles relations amicales qui ont fini en rapports sexuels.
 
Mon éveil sexuel s’est fait à la mi-vingtaine par manque d’intérêt et une fois que j’ai cédé aux pressions sociales, j’ai eu envie de découvrir et expérimenter. J’ai pu remarquer ce qui me rendais hors norme, queer* à ma façon!
 

As-tu eu à faire un coming out à tes proches/amis?

Peu a peu j’ai introduit mes découvertes autour de moi, étant donné que je n’assume pleinement mon identité que depuis un an et quelques mois.  L’internet est un excellent endroit pour découvrir des personnes comme nous et s’informer sur notre unicité. Je suis ouvertement demi sexuelle sur les sites de rencontre et Instagram par exemple, ce qui m’enlève un poids significatif de ma charge émotionnelle. Une sorte de filtre et de warning qui revient au lecteur de mon profil et ce n’est plus à moi de l’introduire (ce n’est pas miraculeux, je reçois encore de commentaires sexuels sous mes posts ou en DM).
 
Toutefois j’ai des photos semi-nues sur mes profils, même si je ne vois/perçois pas mes photos nues comme sexuelles mais plutôt comme un signe d’intimité, de vulnérabilité et de fat acceptance. Je comprends la connotation sexuelle que des personnes peuvent y associer et réagir en conséquence, toutefois il faut se rappeler que des commentaires à connotation sexuelle lorsque non introduits ni consentis peuvent être violent pour des gens, moi incluse. Il n’est pas valorisant de savoir qu’on sexualise nos corps, qu’on y attribue une valeur sexuelle quelconque.
 

Comment ton entourage a réagi?

Souvent lorsqu’on en parle, des gens réalisent leur propre demi-sexualité ou appartenance au spectre. Des fois, on me dit que je « n’ai juste pas rencontré le bon » ou que je suis trop difficile. Je sais que ce n’est que de l’incompréhension ou un manque d’ouverture.
 
Lorsque je reçois des commentaires sur mon manque d’intérêt à être en couple ou sur ma difficulté à être intéressée envers quelqu’un seulement en voyant sa photo, j’explique qu’une photo ne m’aide aucunement à déterminer mon intérêt envers une personne. C’est souvent juste de l’incompréhension qui suit.
 
D’autres fois on m’écoute et on essaie de comprendre ma différence, et comment la pression des normes sociales m’affecte. C’est la réaction que je préfère le plus, même si je dois éduquer des gens et c’est aussi un fardeau, mais je me dis que d’outiller les gens autour de nous est nécessaire.
 

Est-ce qu’il y a des préjugés à être identifiée comme étant asexuelle(au travail, relations, cercles sociaux..)?

Je crois que l’asexualité est tellement méconnue et vue comme un défaut, (à la différence des pansexuels ou des bisexuels qui deviennent aux yeux de la société, hypersexués en quelque sorte) nous sommes des gens vu comme traumatisés, vécu abus, frigides, normes morales, valeurs religieuses, trop difficiles en amour et c’est faux.
 
Sinon on m’a déjà perçu comme lesbienne par mon manque d’intérêt dans le flirt et le manque d’intérêt dans les relations de couple.
 
Ma mère m’a également déjà posée la question, à savoir si j’étais lesbienne, en début vingtaine puisque je n’avais jamais eu d’amour platonique abouti en relation encore. Elle pensait, ainsi que ses amies, que mon refus ou mon manque d’intérêt étaient de la lesbophobie intériorisée ou que j’avais peur de faire mon coming out. Pourtant je n’ai pas d’intérêt sexuel ni romantique envers les femmes ou leurs organes sexuels, mais ce sont des préjugés qui reviennent.
 
Ces expériences nous prouvent que l’asexualité et la demi-sexualité sont très peu représentées et il y a énormément d’ignorance sur le sujet. On voit toujours des personnages fictifs à la recherche d’une relation de couple, de sexe ou de se conformer à la norme selon laquelle nous devrions tous aspirer: un éveil sexuel à l’adolescence, expérimenter, avoir des partenaires, être cochonnes et libérées OU pas du tout et attendre le bon dépendamment du niveau et de la dose d’« empowerment » auquel ton film/ta série aspire, rencontrer l’âme soeur ou un homme qui t’aime (c’est toujours un homme cisgenre, hein?) et former une famille, avoir plusieurs enfants, vieillir ensemble.. Parce que vieillir en dehors d’une relation de couple c’est the worst et d’une tristesse! (eyeroll à l’infini). Ce synopsis laisse beaucoup de gens à l’extérieur de ce moule.
 
De savoir qu’en affirmant mon identité, je fais réaliser leur queerness à d’autres personnes, ça m’est extrêmement précieux et ça me touche assez pour passer au travers des commentaires d’ignorance reçus!
 

As-tu vécu de la discrimination à cause de ta sexualité?

J’ai le privilège de ne pas être discriminée à cause de ma sexualité, à différence d’autres identités queer. Il faut en être conscient et ne pas l’oublier. Toutefois si j’étais asexuelle et obligée de me marier ou obligée de procréer, ce rappel à cette différence à chaque rapport sexuel, forcé ou consenti (consenti n’égal pas désiré), ce serait une réflexion complètement différente.
 
J’ai eu des collègues qui présumaient que mes amies étaient mes copines parce que je n’avait pas d’intérêt à rencontrer leurs fils par exemple, ou d’autres hommes qu’elles auraient aimé me présenter. J’en ai toujours ri de ces petits sous-entendus/malaises, et je ne vois pas ça comme de la discrimination. Toutefois, c’est un résultat de la pression hétéro-normative face à ma façon à moi de vivre ma féminité qui n’était pas 100% binaire*.
 
Pour beaucoup de gens qui ne souhaite pas s’éduquer, ça équivaut à cette simple équation:
Femme féminine = hétérosexualité
Femme androgyne/moins binaire = lesbienne/homosexualité 
 
C’est assez toxique comme automatisme. Ça ne tient pas compte des personnes trans*, non binaires*, androgynes* et intersexe entre autres, et ça peut déranger d’autres individus asexuels, comme tout préjugé ou assomption sans fondement peuvent ébranler, blesser ou faire questionner la personne touchée, qui pourrait en arriver à se demander suis-je assez femme/homme? Est-ce que ma féminité/masculinité de la bonne manière/acceptable? Ai-je flirté avec mon entourage et laissé croire mon intérêt sans faire exprès? Comment je peux éviter que cela se reproduise?
 
Ça peut être très problématique et c’est facile à éviter en étant à l’écoute et en évitant les préjugés en connaissant la différence.
 

Qu’est-ce qu’on te souhaites pour le futur?

Je nous souhaite de l’éducation pour tous, un intérêt et une ouverture envers la différence. De nous accorder une place, d’être représentés, que nos identités soient vulgarisées et plus connues, tout simplement!
 
D’être reconnus et d’avoir une place dans la société sans nous sentir invalidés par nos choix de vie et de relations (ou refus de relations) tout simplement! 
 

Crédit photo: Manuela Gomez @manuela.boudoir

LEXIQUE

Cisgenre: genre ressenti d’une personne correspond à son sexe biologique, assigné à sa naissance

Asexualité: qui ne ressent pas d’attirance sexuelle

Demisexuel: ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir formé un lien émotionnel fort avec une autre personne. Ce lien peut être un lien de nature romantique mais pas exclusivement.

Queer: terme pour désigner l’ensemble des minorités sexuelles (gais, demisexuel, asexuel, pansexuel…..) et de genres.

Binaire: détermine l’identité de genre. Femme ou Homme

Non binaire (ou GenderQueer): personne qui se définit comme ni homme ni femme. Se retrouve entre les deux ou un « mélange » des deux.

Trans/transexuel: personne qui s’identifie comme l’autre sexe que celui attribué à la naissance par ses organes génitaux

Androgyne: on qualifie une personne d’androgyne si son apparence ne permet pas facilement de déterminer si c’est une femme ou un homme.

 

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